Sailhan

Village de la vallée d'Aure au cœur des Pyrénées

Sailhan en automne

Le patrimoine de Sailhan - l'église et le chrisme

Ecoutons l'angélus des cloches de Sailhan enregistré par Jean Frontin (durée 90 secondes)
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L'église Saint Laurent

La flèche de l'église

L’église Saint Laurent de Sailhan n’est pas un monument classé. C’est cependant un lieu tout à fait remarquable. Les dimensions restent modestes mais les proportions sont très harmonieuses. Les statues en bois de Saint Laurent et de Saint André de part et d’autre du chœur, les vitraux lumineux et en partie récemment rénovés lui confèrent une atmosphère paisible. Depuis avril 2014, l’église est ouverte tous les jours de 9h à 17h30 environ et elle donne l’image d’un village accueillant. Chacun peut y pénétrer pour un moment de quiétude, de repos ou de prière. Si on a de la chance, on y trouvera un musicien qui joue ou qui chante, l’acoustique y est excellente.

Vitrail : Saint Antoine de Padoue Vitrail : La Vierge Marie

Sa construction n’a pas été facile. En 1873, après l’écroulement de l’ancienne église romane, la commune et le conseil de fabrique font appel à l’architecte Abadie pour dresser les plans d’une nouvelle église. Rappelons que La fabrique, au sein d'une communauté paroissiale catholique, désigne un ensemble de « décideurs » (clercs et laïcs) nommés pour assurer la responsabilité de la collecte et l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction puis l'entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse : église(s), chapelle(s), calvaire(s), argenterie, luminaire(s), ornement(s), etc. Cependant, il faut trouver un terrain et trouver le financement.

Statue de la vierge à l'extérieur de l'église, repeinte par Alain Carrère

Pour le choix du terrain, la municipalité pense reconstruire la nouvelle église au même endroit que l’ancienne, en la déplaçant vers le sud/sud-ouest pour pouvoir élargir la rue principale. En outre, l’article 1er du décret du 23 prairial An XII impose un passage de deux mètres autour de l’église. L’emplacement se révèle trop exigu et cette solution est abandonnée. La municipalité s’oriente donc vers le choix d’un terrain à l’amiable ou par expropriation. L’expropriation se porte sur un ensemble de parcelles appartenant aux héritiers Soulé et Soubiran, pour un coût total de 4320 Frs.

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Pour le financement, la commune dispose de fonds libres mais très insuffisants. On demande à l’administration des Eaux et Forêts la vente de coupes de bois supplémentaires dans la vallée du Rioumajou. On fait appel aux souscriptions publiques auprès du préfet, du Conseil Général ; aux souscriptions privées, aux souscriptions paroissiales. Les dons paroissiaux sont généreux car les habitants sont motivés par la reconstruction de leur église : « un village sans église est un village sans âme » disent-ils. En outre, les apparitions de la Vierge à une petite bergère, Bernadette Soubirous, et l’afflux de chrétiens à Lourdes en cette fin du XIXe siècle contribuent à encourager la générosité publique. Le coût total s’élève à 31 185 Frs.
C’est M. Paul Nars, entrepreneur à Saint-Lary qui emporte le marché du gros œuvre. Léon Verdier, architecte à Arreau sera le directeur des travaux. Les travaux débuteront en 1895 sur la base des plans d’Abadie mais en réduisant les dimensions. En 1897, l’église de style néo-gothique est terminée. Entre temps, on envisage de réutiliser les cloches de l’ancienne église en les refondant. Les nouvelles cloches sont installées dans le clocher, sous la flèche polygonale très effilée. On se préoccupe des aménagements intérieurs (autel, bancs, chaises, statues). Les vitraux et la rosace sont financés grâce aux dons des familles aisées de Sailhan et par les prêtres desservant la paroisse.
Peu de mobilier intact a été récupéré de l'ancienne église : une vierge à l’enfant debout dite Notre Dame de Sailhan (XVIIe siècle), une statue de Sainte Anne en bois polychrome (XVe siècle), une colonne torsadée de l’ancien autel, les statues de Saint Laurent et Saint André, le chrisme et quelques autres objets qui sont aujourd’hui conservés dans la nouvelle église Saint Laurent.
En 1898, l’église est bénie par les autorités religieuses. En 1906, la municipalité accuse réception définitive des travaux. Entre ces deux périodes, les relations entre le Maire et le prêtre qui desservait la paroisse se sont tendues. Les habitants se sont sentis une âme plus républicaine que cléricale et la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat a entretenu les tensions. L’église a été donc érigée à un moment propice…

Le chrisme (☧)

Le chrisme est le symbole chrétien par excellence. Il est formé des deux lettres grecques Χ (chi) et Ρ (rhô), la première posée sur la seconde. Il s'agit des deux premières lettres du mot Χριστός (Christ). On le lit aussi parfois comme le monogramme du Christ, et il est souvent accompagné des lettres α (Alpha) et ω (Oméga). Ces lettres, qui encadrent l'alphabet grec, symbolisent la totalité, la toute puissance de Dieu qui est à l'origine et à la fin de toute chose. Par ailleurs, le verbe grec ainsi formé, ἄρχω, signifie « diriger, aller en tête, commencer » et renvoie à la double caractérisation de Jésus-Christ : fondateur et premier chef de l'Église chrétienne naissante (Wikipedia).

Le chrisme

Le chrisme se trouve placé sur le tympan des églises romanes ou bien sur la petite porte réservée aux cagots (ceux qui étaient considérés comme étant de race inférieure ou porteurs de peste) comme c’est le cas à Cadéac. On le rencontre sur presque tous les tympans de la vallée et même de la région, sur les routes des Pèlerins menant à Saint Jacques de Compostelle.

La première apparition du chrisme si situe sur les Lieux Saints, berceaux de la chrétienté (Judée et Anatolie en particulier). Ainsi le roi Salomon le fait figurer sur son étendard et l’empereur Constantin sur son labarum (étendard porté par les romains à la tête de leur armée) à la veille de sa bataille décisive contre Maxence au pont Milvius en 312 apr. J.-C.

Le pentagramme

Le chrisme de Sailhan dit roman commingeois daterait du XIe ou XIIe siècle car c’est à cette époque que se situe l’implantation de la plupart des chrismes dans les églises. A la même période apparait sur ce symbole, une innovation importante qui consiste à transformer le monogramme du Christ en un symbole trinitaire en y intégrant Dieu le Père et l’Esprit Saint : on latinise le rhô (P) pour y lire l’initiale du mot Pater et on ajoute dans la partie basse de la hampe, un S pour y lire Spiritus Sanctus (Esprit Saint). Enfin sous la boucle du P, on trace une petite barre horizontale qui forme, avec la hampe, une croix. C’est ce que l’on retrouve sur le chrisme de Sailhan. Le chrisme est inscrit dans un cercle, symbole de la perfection divine ou du soleil, ou encore de l’éternité.

Les étoiles

Les représentations graphiques qui entourent les chrismes sont souvent mystérieuses. Chaque chrisme possède une particularité, ainsi, on trouve des oiseaux picorant à Estensan, un évêque ou un berger à Ens, des disques et des lances à Gouaux de Larboust, etc.
Sur celui de Sailhan figurent à gauche un pentagramme (caractère calligraphié composés de cinq graphèmes élémentaires, en fait, la forme d’une étoile à 5 branches) et trois étoiles à six branches, et à droite, 10 étoiles à 8 branches.

Diverses interprétations sont données à ces représentations.

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Celle qui nous parait la plus séduisante consiste à dire :
Que le pentagramme est la signature anonyme du maître d’œuvre. On retrouve d’ailleurs le même pentagramme à Harambelz en pays basque et dans une autre église espagnole, tous deux situés sur les chemins de Saint jacques de Compostelle. Certains voient dans ce pentagramme une référence aux cinq plaies de jésus-Christ.
Le voyage à Saint Jacques dure des mois. Parmi les pèlerins figurent aussi des compagnons bâtisseurs. Ils font étape durant quelque temps, parmi les communautés villageoises et religieuses, juste le temps nécessaire pour sculpter un chrisme en signe de reconnaissance envers Dieu et envers cette communauté qui les a accueillis,
Les étoiles seraient également les signatures anonymes des compagnons bâtisseurs à savoir : 3 compagnons (3 étoiles à 6 branches) et 10 apprentis compagnons (10 étoiles à 8 branches).
D’autres interprétations sont proposées sans qu’aucune d’entre elles ne soit suffisamment probante pour être retenues.


L'histoire étonnante de la disparition du chrisme de Sailhan

Le chrisme a longtemps été ignoré des habitants de Sailhan. En effet, pendant près de 50 ans, il a été considéré perdu, et certains ont même douté de son existence, seules deux ou trois personnes en avaient entendu parler.
En 1947, une équipe d’étudiants qui faisait une étude et des recherches sur les chrismes en vallée d’Aure le découvre par hasard dans une vieille maison qui à une certaine époque faisait office de presbytère (aujourd’hui le « relais de l’empereur »). Connaisseurs, certes, mais inconscients, sûrement, ils décidèrent de l’emporter dans le but de le protéger, de le sauver car il était en mauvais état. Il part ainsi du côté de Marseille.
Comment a-t-il pu revenir à l’église le Sailhan le 15 août 1991 ? Vous le saurez en venant voir ce chrisme situé à l’entrée de l’église, au dessus de la porte qui mène à la tribune…


L'ancienne église romane de Sailhan dite de Saint Laurent

Elle se trouvait sur l’emplacement actuel du cimetière. Son architecture rurale, d’origine vernaculaire, c'est-à-dire propre à la vallée et à ses habitants, et ses dimensions modestes font apparaitre deux nefs et deux entrées, l’une sur la rue principale et l’autre sur le cimetière comme le montre le schéma ci-après, établi par Joseph Verdier sur la base de documents déposés aux Archives départementales des Hautes-Pyrénées.

L'ancienne église de Sailhan

L’entrée principale s’ouvre sur la grande nef. La petite porte donne accès à la petite nef, ce qui laisse à penser que cette dernière était peut-être réservée aux cagots.
La tour de guet, qui sert d’ordinaire de clocher, devait en être assez éloignée. Cette tour était certainement intégrée dans un château aujourd’hui disparu et avec pour seuls vestiges, le porche d’entrée de la maison Arnaud-Latour.
Vers les années 1800, la vieille église menace de tomber en ruine. A partir de 1858, le Conseil Municipal et le prêtre de la paroisse essaient de trouver des aides et des secours financiers pour réparer l’église qui pourrait s’écrouler à tout moment. Le mur clocher et le côté de la petite nef se fissurent jusqu’au toit. Enfin un incendie, parait-il, fini de précipiter sa fin et sa démolition vers 1873.

Les offices religieux seront ensuite célébrés dans une salle de la vieille école jusqu’à la mise en service de la nouvelle église Saint Laurent.

(Source : textes largement empruntés, avec leur autorisation, aux articles de Guy Cazala et aux dessins de Joseph Verdier publiés dans Sailhan info)