Sailhan

Village de la vallée d'Aure au cœur des Pyrénées

Figures de Sailhan

Dans les prochains mois, d'autres pages seront consacrées à la famille Ladrix-Abadie ainsi qu'à Ramounet


Barthélémy Ferras


Ecoutons le chanter

Nous sommes le 11 novembre 2014. Une exposition d'objets et de documents de la Grande Guerre, collectés dans le village, a été organisée à l'église et une émouvante commémoration se tient en fin de matinée .
Pour cette occasion, des affiches avec le portrait de Ferdinand Ferras, père de Barthélémy, en uniforme de poilu de la guerre de 1914-1918 ont été préparées. A l'issue de cette cérémonie, un vin d'honneur convivial rassemble les participants à la mairie. Le maire offre à Barthélémy un cadre avec le portrait de son père. Barthélémy est très ému.
En remerciement, il offre à l'assistance trois chansons de son répertoire.
Ecoutons-le (cliquez sur la flèche) :
Le Chant du départ qui est un chant révolutionnaire et un hymne à la liberté contre toute forme de despotisme, écrit par Étienne Nicolas Méhul (pour la musique) et Marie-Joseph Chénier (pour les paroles) en 1794.



Dors petit Piou Piou
, La chanson du marsouin, une chanson très ancienne des troupes de la marine.



Sur les bords de la riviera
, une chanson à succès d'avant la Grande Guerre.

La rue principale ou se trouve la maison de Barthelemy

2014. Une petite maison traditionnelle au centre du village, c’est là qu’habite Barthélémy.
On frappe à la porte. Une voix à l’étage vous répond: « Entrez, Montez ! ». L’habitation est en haut, un petit escalier de bois y conduit. Que l’on soit un ami de longue date ou un simple visiteur, Barthélémy vous accueille avec gentillesse. Il vit seul et ne manque aucune occasion de parler de choses et d’autres, de deviser sur le passé et le présent.
Barthélémy est né en 1927. Il est le doyen des hommes du village. Il est respecté et estimé par tous les habitants de Sailhan. Barthélémy est le dernier meunier du moulin de la Mousquère qui a cessé de fonctionner en 1962, et à ce titre, il moulut le grain pour un grand nombre de familles du village et des villages voisins.

Parents et grands parents

Ferdinand, Marie et Berthelemy Ferras

Fils unique de Jean-Ferdinand Ferras né en 1892, originaire de Sailhan et de Marie Vic, née en 1901, originaire d’Ens. Il parle volontiers de sa vie avec ses parents agriculteurs. Cinq ou six vaches tout au plus, quelques moutons, un cochon, des volailles, un jardin potager permettaient à la famille de vivre chichement.
Au début des années 1900, le service militaire durait 3 ans. Barthélémy raconte qu’après les trois années de service militaire, son père, Ferdinand fut aussitôt remobilisé pour la guerre de 1914-1918. Il passa 7 ans sous l’uniforme. Blessé à la bataille de la Marne et il revint avec une jambe atrophiée. Barthélémy raconte avec émotion une histoire survenue à son père dans les tranchées : un jour, Ferdinand se retrouve face à un grand gaillard qui s’adresse à lui en disant : « mais je vous connais à vous !... ».

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Ferdinand ne le reconnait pas tout de suite. La conversation s’engage un peu et ce soldat s’avère être le curé de Tramezaigues. Cette rencontre est un moment chaleureux d’évocation du pays pour ces deux hommes. Malheureusement, très peu de temps après, le curé est tué au combat. Un moment bien difficile pour Ferdinand.
De retour à Sailhan après la guerre, Ferdinand reprend son travail à la ferme et fait office de garde champêtre. Il est parfois mandaté par le maire pour assurer le contrôle des troupeaux espagnols qui viennent pacager en France.
Marie, sa mère, a été placée dans une filature à Ancizan tout de suite après avoir obtenu son certificat d’études. Le travail était très dur. Un peu plus tard, elle travailla comme servante chez une châtelaine à Pau. Après son mariage, elle s’occupe des travaux de la ferme à Sailhan.
Marie Ferras décède en 1977 et Ferdinand deux ans plus tard, en 1979. La grand-mère paternelle, née Guillaumette Nars, d’origine espagnole, habitait avec la famille. Les grand-pères allaient travailler en Espagne pour la fabrication de l’huile d’olive. Ils partaient à la Toussaint, bravant parfois la neige au col d’Ourdissetou et revenaient quelques mois plus tard. On leur donnait un salaire et un peu d’huile qu’ils ramenaient à pied en France. En Espagne, le pain, le vin et l’huile d’olive étaient réputés pour être bons.

La vie à la ferme

Les produits de la ferme constituaient la principale ressource de la famille. Le pain de seigle et de froment était préparé tous les 15 jours. La nourriture était plus saine qu’aujourd’hui dit souvent Barthélémy. Chaque été les vaches et les moutons partaient pacager au Rioumajou, plus précisément à Hitte Longue. C’était souvent des bergers espagnols qui venaient garder le bétail et il fallait leur porter la nourriture régulièrement.
Le facteur de Vielle Aure faisait sa tournée à pied, Sailhan, Ens, Estensan quelque soit le temps et l’enneigement. Quand un télégramme arrivait, une dame de la poste de Vieille Aure montait avec son bâton, quelle que soit l’heure.
Barthélémy a passé le certificat d’études à 13 ans. Ensuite, il a travaillé à la ferme et en parallèle, exercé comme manœuvre dans le bâtiment, dans la construction de maisons et de routes. Il a été exempté de service militaire en raison du handicap de son père.

Barthélémy meunier

La rue principale ou se trouve la maison de Barthelemy

A l’âge de 18 ans, lors de la sélection, il est retenu comme meunier au moulin de la Mousquère où il travaille pendant 14 ans.
Le meunier loue le moulin et paie un impôt (la patente comme pour un commerce). Il se paie en nature en prélevant 1 litre de grain pour un boisseau de 20 litres et une pelletée de farine ou de son. Les céréales à moudre sont le seigle, le blé, le sarrazin et le maïs. On tamise avec un blutoir pour séparer la farine du son. Le moulin appartient aux deux communes : Sailhan et Estensan. Chaque semaine, 3 jours sont attribués à Sailhan et deux jours à Estensan.
A la ferme, il travaille en parallèle pour l’élevage des vaches. Parfois, au moment des foins, il faut travailler la journée et moudre le grain au moulin pendant la nuit. Lorsque le moulin ferme en 1962 – car il n’y a plus beaucoup de céréales produites à Sailhan, Barthélémy revient à son travail de manœuvre. Le patron de Sarrancolin est arrangeant et lui laisse du temps libre pendant la période des foins. C’est au contact des ouvriers espagnols du bâtiment qu’il apprend à comprendre puis à parler l’aragonais.

Souvenirs

Barthélémy Ferras, assis avec sa canne et sa casquette

Les souvenirs de Barthélémy s’arrêtent sur la Saint Barnabé : Ce jour là, c’est la grande foire à Arreau. Beaucoup d’espagnols pauvres avec des familles nombreuses et sans ressources suffisantes pour nourrir toute la famille viennent « placer » leurs enfants dans des familles françaises. En contrepartie du travail de l’enfant, il y a la nourriture et un peu d’argent. Les enfants qui ne connaissent pas le français s’agrippent à leur mère pour ne pas être abandonnés. Un crève cœur pour Barthélémy. Tous arrivent à pied par le col d’Ourdissetou et la vallée du Rioumajou. Nombre d’entre eux, des Mir, des Loste…sont restés en France.
Lorsque ces aragonais viennent en France, ils portent leur costume traditionnel avec un turban, un gilet bouffant, un pantalon jusqu’aux genoux, des chaussettes blanches, des chaussures en peau et un grand bâton.

Il évoque aussi la fête de Sailhan au temps où la vallée n’était pas touristique comme aujourd’hui : le bal sur la place avec un orchestre, l’apéritif à la mairie, la messe, le repas en famille où l’on invite les cousins, oncles et tantes des autres villages.

Il se souvient encore du bruit des bombardements franquistes sur Bielsa en 1936 et de tous les espagnols qui, fuyant leur pays, restaient quelques jours à Sailhan et repartaient plus bas dans la vallée.

Chanter et réciter

Barthélémy Ferras en train de chanter pour la fête de Sailhan

Barthélémy a toujours aimé chanter et il chante encore aujourd’hui. Son répertoire est éclectique : chants pyrénéens, chants patriotiques, chansons d'amour, chants d'église en latin, etc. Il ne faut pas insister beaucoup pour le voir entamer une chanson. Sa voix est chaude et juste. C'est pour cette raison que pendant des années, il fut chantre de l'église en compagnie de Barthélémy Verdot. Il parle de l’un de ses oncles, Joseph, qui chantait remarquablement bien, « comme Tino Rossi », et qui jouait aussi de l’harmonium à l’oreille sans avoir appris la musique. Son père, Ferdinand chantait également.
Il se souvient sans faille des leçons de morale à l’école et des fables, des poèmes qui accompagnaient chaque leçon. Sa mémoire est vive, il connait par cœur un grand nombre de chansons et de fables et sans préavis, au détour de la conversation, Il récite sans faute et sans préparation la fable du laboureur

Le Laboureur et ses Enfants Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'Oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.
Le père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.

Ses voyages : Barthélémy est allé dix fois à Paris (une sœur de son père y habitait) à l’occasion de l’exposition agricole. Un train spécial était affrété à partir de Tarbes où l’on se rendait en autocar. Plus tard, il a aussi voyagé dans un cadre associatif : dans le Morbihan, les Pyrénées Atlantiques, l’Alsace et à Fatima au Portugal.