Sailhan

Village de la vallée d'Aure au cœur des Pyrénées

Sailhan au printemps

Monographie de Sailhan
par M. Rey, instituteur à Sailhan

L'histoire de la commune de Sailhan

Nous ne saurions donner l’étymologie même probable de Sailhan, à moins toutefois que par la situation saillante du village sur une éminence arrondie, le mot saillant ne soit devenu Sailhan. L’histoire de la commune de Sailhan se trouve mêlée à celle des autres communes de la vallée d’Aure, histoire que nous allons résumer. Avant l’invasion romaine, le pays Daure ou d’Aure, c’est-à-dire le territoire comprit entre Rebouc et la frontière espagnole, était habité par une peuplade celtibérique qui formait une république indépendante. Les braves guerriers de ce pays vivaient libres, errant dans les vastes forêts inconnues, nourris ou dévorés par les bêtes féroces qui les harcelaient sur leur passage. L’amour de leur patrie les rassemblait toujours pour s’aimer et se secourir en frères quand un danger quelconque les menaçait. Protégés par les montagnes dont ils barraient facilement les défilés et les passages, ils se maintinrent dans une sorte d’indépendance sauvage pendant la période gallo-romaine. Aussi, le régime féodal fut totalement inconnu dans la vallée d’Aure, où chaque habitant était son propre seigneur, sous les regards d’un chef chargé de le protéger et de le défendre.

Les arabes firent de nombreuses incursions dans le pays d’Aure et le dévastèrent pendant de longues années. Enfin, aidés par les peuples voisins et par quelques vaillants hommes de guerre, les aurois exterminèrent leurs farouches ennemis entre Vielle et Tramezaygues et à Cadéac, au lieu appelé Camp Bataillé. Dans ce dernier combat, les chevaliers de Sailhan se distinguèrent d’une manière particulière. Sancho Abarca, roi d’Aragon, sollicité par des habitants de Vielle, qui furent délégués pour aller implorer son appui contre les infidèles, vint lui-même au secours de ses bons voisins, escortés des ricos hombres.

C’est de cette époque que dataient les châteaux de Bazus, de Grézian, d’Estensan, de Bourisp et autres. Entre Guchen et ancizan, Sancho Abarca fit même construire un château qui porta longtemps son nom. Reconnaissants envers ce puissant protecteur, les habitants de la vallée le choisirent pour leur seigneur. Son fils Ramire hérita de la souveraineté des vallées de Neste, Barousse et Magnoac, qui formèrent avec celle d’Aure, le Pays des Quatre vallées (1067). Ses successeurs prirent le titre de comte de Labarthe. Longtemps après, Jean de Labarthe étant mort sans enfant, la seigneurie des Quatre vallées fut léguée à Bernard d’Armagnac. A l’extinction de cette dernière famille, les habitants des Quatre Vallées se donnèrent volontairement à la Couronne de France, sous Louis XI, vers 1473, sous la condition de garder leur pays avec une entière immunité des droits, redevances, frais ordinaires et extraordinaires, etc. Ils s’engageaient seulement à payer 941 livres d’abonnement fixe. L’entretien de leurs places fortes et la garde de leur pays, étaient également à leur charge. Nous pouvons voir par là qu’ils n’étaient pas de la classe des vaincus qui subissent la loi du vainqueur. Leurs franchises et leurs usages leur furent toujours conservés par tous les rois depuis Louis XI, ainsi que cela se démontre par des lettres patentes de chacun d’eux et dont la dernière est de Louis XV (1708). Ils en firent le sacrifice dans la mémorable nuit du 4 août, sur l’autel de la grande Patrie.

Les documents nous faisant défaut, il n’est guère facile de constituer l’histoire municipale de Sailhan. Tout ce que nous pouvons faire, c’est donner quelques notes historiques que nous avons trouvées en furetant les rares paperasses qui ont été à notre disposition. Procédons par ordre chronologique :

- 18 juin 1543, sous les règnes de François 1er et de Charles Quint, par le traité de Lies et Passeries, les habitants des vallées d’Aure, Louron et Barège (France), et ceux de Gistau, Viebre, Poertolos et Broto (Espagne) furent autorisés à commercer librement entre eux, notamment à envoyer réciproquement leurs bestiaux pacager dans leurs montagnes respectives, sans payer autre charge que la valeur des herbages.
- 1695, la communauté payait 20 livres pour l’entretien du soldat de la milice.

Au XVIIe siècle, la commune de Sailhan payait la dîme des montagnes (16 livres 5 sous) à Monsieur le curé de Bourisp avec lequel elle eut même un procès en 1701. Pendant la guerre de la Succession d’Espagne, des troupes françaises campèrent sur le territoire de Sailhan et la communauté fut mise à contribution pour leurs approvisionnements. On a trouvé en construisant le chemin de la gorge de Rioumajou, entre le ravin de Lasserrre et le Pont-haut, 25 créneaux distants de 2 mètres l’un de l’autre et tous d’égale hauteur. Ce qui semblerait démontrer que les soldats français se tenaient dans une tranchée derrière les créneaux pour se préserver contre le feu de l’ennemi.
Au fond de la forêt de la Piarre, on remarque des genévriers disposés en quinconce et l’on croit qu’ils ont été plantés là pour indiquer la sépulture des soldats tués pendant la guerre de la Succession d’Espagne.

- 1719, les communautés de Sailhan et de Saint-Lary se voient forcés pour subvenir à l’extrême misère des particuliers, aux tailles et autres impositions royales de faire vente de la forêt de la Piarre, pour la somme de 325 livres, 30 pots de vin et la jouissance de la scierie de Fleurance (elle n’existe plus). La durée de la vente était de 6 ans et l’exploitation à la fantaisie de l’acquéreur.
- Avant 1789, la municipalité de Sailhan comprenait 2 consuls et un vice-consul élus tous les ans par les jurés de la communauté, formant la plus grande et saine partie des habitants. Le collecteur, pour la levée des impositions, était également nommé tous les ans.
- En 1790, la municipalité comprend les officiers municipaux suivants, élus par les citoyens actifs de la communauté : le maire, 2 officiers municipaux, un procureur de la commune, 6 notables et 1 secrétaire.
- 23 avril 1790 : les citoyens actifs de Sailhan réunis sur la place publique prêtent serment entre les mains du maire, de maintenir dans la mesure de leur pouvoir, la constitution du royaume, d’être fidèles à la Nation, à la loi et au Roy.
- 24 juin 1790, la garde nationale composée à Sailhan de 50 hommes, se réunit pour déléguer 3 hommes chargés de se rendre au chef-lieu du district, pour députer à Paris des représentants, à l’effet de prêter leur serment fédératif et fraternel avec toutes les gardes nationales de France. Allèrent à Auch Bertrand Sarrieu capitaine, Verdié Lieutenant, et Bonarat caporal.
- 14 juillet 1790 : Peyrès, curé, Seignan son vicaire et tous les citoyens actifs, prêtèrent serment d’être fidèles à la Nation, à la loi et au Roy et de soutenir de toutes leurs forces la constitution du royaume et la constitution civile du clergé.
- 1792 : le conseil jugeant certaines contraventions condamna le nommé Fo, dit Bataille, pour vol de chou dans un jardin, pendant la nuit, à 3 jours de détention dans la maison de force la plus rapprochée. 4 soldats furent envoyés pour le conduire à Tramezaygues.
A ce sujet, il faut ajouter que la communauté était obligée de faire garder pendant 40 jours, concurremment avec les autres communes qui composaient la châtellenie de Tramezagyues, le château de ce lieu quand il y avait des prisonniers prévenus de crime capital.
- 18 thermidor, An III : quoi que la paix fut signée avec l’Espagne, une bande de 200 blanquillos (soldats espagnols), commandés par un officier, surprirent dès l’aube les avant-postes des chasseurs de montagne établis à Fredancon, quartier de Rioumajou. Ils tuèrent et blessèrent plusieurs de nos soldats et enlevèrent tous les bestiaux parqués dans les environs. Une députation fut envoyée à Madrid par les habitants de Sailhan, Saint-Lary et Bourisp, propriétaires des bestiaux pour demander justice contre cet acte de vandalisme. Mais cette démarche ne produisit aucun bon résultat.

- Disons maintenant 2 mots des contributions qui pesaient autrefois sur la communauté. D’après la reconnaissance de 1667, les habitants ou forains possédaient 519 moyades de terre culte (la moyade ou journal était imposée à raison de 6 deniers) qui valaient pour le Roy 12 livres, 19 sous, 6 deniers. Sur ce total, il en était distrait 1 livre, 18 sous, 12 deniers en faveur du seigneur d’Estensan qui avait en outre un droit de passage important à travers les propriétés de Sailhan.
Roucaud notaire et avocat, demeurant à Guchan, fut pendant de longues années sous-fermier de la vallée d’Aure et fit peser tout le temps sur ses pauvres habitants une puissance autoritaire et tyrannique. Pour ce qui concerne la commune de Sailhan, nous trouvons dans un procès mémorable qui fut intenté à cet homme « sans foi ni conscience » la déclaration suivante :

« Cette communauté offrirait des découvertes plus accablantes si le zèle de Verdié, 1er consul, n’était ralenti par votre liaison réciproque et par les insinuations de son fils, votre commis, dans vos opérations de commerce ; mais si jamais cette vallée est affranchie des maux que nos emplois peuvent lui faire, elle ne laissera pas ignorer ceux dont vous l’avez accablé avec une dureté qu’il faut voir pour s’en persuader l’excès. »


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