Sailhan

Village de la vallée d'Aure au cœur des Pyrénées

Sailhan au printemps

Monographie de Sailhan
par M. Rey, instituteur à Sailhan

L'enseignement

L'acte de donation du Rioumajou à Sailhan et Saint-Lary par le Comte d'Armagnac

Les archives communales ne renferment rien d’intéressant, si ce n’est le titre de donation des montagnes par Jean V, Comte d’Armagnac. Les vieux titres ont été égarés ou emporté par Monsieur l’archiviste du département. Nous ne connaissons ni ouvrage ni monographie concernant la commune de Sailhan.

Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu constituer l’histoire de l’enseignement. Ce que nous avons remarqué c’est que depuis plusieurs siècles les syndicts, jurats et consuls savaient seuls lire et écrire. On voit aussi des signatures mal faites de quelques habitants, mais elles sont fort rares.
Les seuls instituteurs du peuple étaient alors les prêtres qui enseignaient plutôt à prier qu’à lire et à écrire. C’est dans leurs presbytères qu’ils réunissaient leurs élèves pendant la mauvaise saison seulement. Quelques années avant 1820, les enfants de Sailhan allaient à l’école à Bourisp chez un certain Canouilh, chirurgien, dont le souvenir seul de sa brutalité est resté toujours gravé dans la mémoire de quelques vieillards.
En 1820, un jeune homme de la commune alla se faire recevoir instituteur à Pau et immédiatement après il vint s’installer à Sailhan où il resta quelques années seulement, payé par les habitants qui lui assurait un traitement fort minime. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, il y a eu régulièrement un instituteur à Sailhan et même à plusieurs reprises des institutrices sont venues y ouvrir une école libre. A partir de 1870, l’institutrice est communale.
La maison d’école, située presque à l’extrémité est du village, a été construite en 1847. Au rez-de-chaussée est l’école des filles, et au premier l’école des garçons. L’installation de cette dernière ne laisse rien à désirer. L’air et la lumière entrent dans la salle par 4 fenêtres, dont 2 au nord et 2 au sud. Elle est également assez vaste. On ne peut pas en dire autant de l’école des filles où il n’y a qu’une seule fenêtre. Une seconde du côté nord serait de toute nécessité.
La fréquentation scolaire est bien loin d’être régulière. Elle ne laisserait pas tant à désirer si la loi sur l’obligation était rigoureusement appliquée, mais les parents voyant qu’aucune sanction n’est donnée à cette loi attendue si impatiemment, ont le tort de sacrifier l’instruction de leurs enfants à leurs intérêts personnels. Tout le monde ayant du bétail, on retire les enfants de l’école dès les premiers jours du printemps pour aller le garder. Pendant l’hiver même, les propriétaires ayant des brebis, n’envoient leurs enfants à l’école que fort rarement. En un mot, c’est le présent qui préoccupe et non l’avenir.

L’instruction est assez répandue parmi les hommes, mais elle est très élémentaire. Savoir lire et écrire constitue toute la science de la majeure partie. Le niveau d’instruction chez les femmes est bien inférieur à celui des hommes, à peine en trouverait-on 40% sachant lire et écrire. Nous avions l’année dernière 6 conscrits, tous savaient au moins lire et écrire. Bien rarement il y a des illettrés. Les conjoints ne sachant pas signer forment une exception. Dans l’espace de plusieurs années, il y en a eu à peine un l’année dernière, originaire d’une autre commune.
Il n’existe encore à Sailhan aucune des nouvelles institutions scolaires. Les traitements de l’instituteur et de l’institutrice est de : 1000 francs et 600 francs. Le logement étant insuffisant par suite de la transformation de la chambre principale de la maison d’école en chapelle où se célèbrent les offices (la paroisse est sans église), la commune a été obligée de louer une chambre dont le loyer annuel est de 80 francs. Le maire et le conseil municipal seraient animés des meilleures intentions pour réaliser certaines améliorations indispensables, mais malheureusement les finances obérées de la commune et le projet de construction de l’église qui les préoccupe énormément ne leur permettent actuellement de s’imposer aucun sacrifice. Mentionnons cependant les améliorations qui devraient être faites : construction d’un préau couvert, achat de mobilier scolaire, création d’une bibliothèque, d’une caisse des écoles qui rendrait d e grands services pour les enfants pauvres, malheureusement trop nombreux et qui arrivent le plus souvent à l’école sans livres ni cahiers. Enfin, hâter la construction de l’église afin de pouvoir rendre la grande salle du rez-de-chaussée à sa première destination. Espérons que des temps meilleurs permettront de réaliser toutes ces améliorations et en attendant patientons.

Fait Sailhan le 12 avril 1887