Sailhan

Village de la vallée d'Aure au cœur des Pyrénées

Sailhan au printemps

Monographie de Sailhan
par M. Rey, instituteur à Sailhan

Les cultures

Les productions de Sailhan ne sont pas bien nombreuses quoique certaines améliorations se soient produites à la longue. Il y a peu de temps de cela, on ne connaissait que le seigle, l’orge et le sarrasin. Le terrain se divisait chaque année en 3 parties et chacune recevait l’une de ces 3 semences. De nos jours, le nombre des productions a augmenté et nous pouvons ajouter qu’aucune n’arrive à donner une bonne moyenne, à l’exception du sarrasin qui parfois a un rendement supportable. Les longs mois de l’hiver pendant lesquels les récoltes sont ensevelies sous des poids énormes de neige, et souvent aussi les mauvaises conditions dans lesquelles se font les semailles, ne sont pas étrangers à ce résultat.
Nos cultivateurs devraient développer la culture du froment, une des céréales qui résiste le mieux à ces diverses intempéries et dont le rendement est généralement satisfaisant. C’est à peine cependant si dans tout le village on en récolte 400 hectolitres, tandis que la production du blé est du triple, environ 1200 hectolitres. Les autres céréales que l’on cultive sont : le sarrasin, dont on récolte environ 120 hectolitres, l’orge, 50 hectolitres, l’avoine, 15 hectolitres, le maïs, 80 hectolitres. Avec cette dernière céréale on fait venir des haricots : environ 20 hectolitres. Ce qui fait que la même terre donne 2 récoltes à la fois. On cultive aussi des fèves (15 hectolitres) et des pois (15 hectolitres). On voit également du chanvre et du lin mais en petite quantité.
La récolte des pommes de terre est d’environ 2 500 hectolitres. La culture principale est, sans contredit, celle des fourrages dont on récolte environ 3 000 quintaux métriques et 2 000 quintaux métriques de paille. Ainsi que nous venons de la voir, le revenu principal de nos propriétaires ne peut être ni le blé ni les cultures industrielles, mais bien celui qu’ils retirent de l’élevage du bétail ; par conséquent, leur principal objectif est et doit être la culture des fourrages. Nos cultivateurs l’ont si bien compris qu’ils semblent aujourd’hui pousser tous leurs efforts à l’augmentation de la quantité du fourrage, et à cet effet ils créent des prairies artificielles et ensemencent leurs terres en trèfle rouge et en vesce. Les 2 dernières plantes sont loin d’épuiser le sol comme les céréales ; bien au contraire, on les fait souvent servir d’engrais.
Quant aux prairies proprement dîtes, où l’on fait 2 coupes de fourrage tous les ans, il est malheureux de constater que quelques-unes, sises au levant du village, auraient besoin de drainage et de défonçages sérieux et que sous ce rapport on ne fait rien ou presque rien. Les autres sont généralement l’objet de soins nombreux et bien dirigés et leur production couronne largement le travail de nos cultivateurs. Aussi, cela leur a permis d’augmenter la population animale d’une manière bien sensible. Aujourd’hui on compte plus de 500 bêtes à cornes tandis qu’en 1790 il y en avait à peine 265.
Dans notre région, on tient encore aux vieilles habitudes et tous les procédés de culture se ressentent malheureusement de cette funeste routine. Aussi rien, ou à peu près, n’a transpiré du nouvel outillage qui se crée journellement pour les travaux de la campagne. C’est à peine si un seul propriétaire a fait acquisition pour son compte personnel d’une batteuse mécanique. Les ventilateurs, les charrues en fer, quelques fourches également en fer sont aussi adoptés et tout le nouveau est là. Il est vrai de dire que ces machines qui font le travail si vite et si bien sont d’un emploi par trop difficile, sinon quelquefois impossible par nos terrains en pente, et leur achat est malheureusement hors de la portée des maigres bourses de nos cultivateurs. Et puis encore la propriété est morcelée à l’infini et les grands propriétaires, eux seuls qui pourraient venir en aide aux petits et faire en grand la culture de leurs terres, ne se rencontrent pas ici. Les procédés de culture se ressentent donc de cet état de choses, aussi restent-ils à l’état rudimentaire et ne présentent rien de particulier à signaler.


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